S'il est un plaisir c'est bien celui de faire l'amour le corps entouré de ficelles les yeux clos par des lames de rasoir Elle s'avance comme un lampion Son regard la précède et prépare le terrain Les mouches expirent comme un beau soir Une banque fait faillite entraînant une guerre d'ongles et de dents Ses mains bouleversent l'omelette du ciel foudroient le vol désespéré des chouettes et descendent un dieu de son perchoir Elle s'avance la bien-aimée aux seins de citron Ses pieds s'égarent sur les toits Quelle autombile fille monte du fond de sa poitrine Vire débouche et plonge comme un monstre marin
C'est l'instant qu'ont choisi les végétaux pour sortir de l'orbite du sol Ils montent comme une acclamation Les sents-tu les sents-tu maintenant que la fraîcheur dissout tes os et tes cheveux Et ne sens-tu pas aussi que cette plante magique donne à tes yeux un regard de main sanglante évanouie Je sais que le soleil lointaine poussière éclate comme un fruit mûr si tes reins roulent et tanguent dans la tempête que tu désires Mais qu'importe à nos initiales confondues le glissement souterrain des existences imperceptibles il est midi Benjamin Peret, Le Grand jeu.
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